Quand l'analyse des primaires démontre que Trump est le probable futur 45eme président des Etats-Unis.

Publié le par GrandNicolas

Alors que l'ensemble des analystes se sont -hélas- lourdement fourvoyés en croyant que la candidature Trump allait se dégonfler au moment des primaires Républicaines, ces mêmes analystes rédigent aujourd'hui de nouvelles belles chroniques dans lesquelles on peut les voir se rassurer à bon compte en disant que de toute façon, un Trump candidat des Républicains serait littéralement balayé par la candidature de la démocrate Hillary Clinton.

Comment est-il possible de se tromper aussi automatiquement en un temps aussi rapproché ?

Trump est le probable futur 45ème président des États-Unis, et si cette perspective est loin de me réjouir, je vais vous expliquer pourquoi, non pas sur une analyse partisane, sur du doigt en l'air et de la théorie fumeuse, mais plutôt sur une analyse complète des données dont on dispose aujourd'hui, et qui annoncent ce désastreux résultat.

Comme chacun sait, l'élection aux États-Unis ne se fait pas à la majorité des électeurs, mais à la majorité des grands électeurs par États. Ainsi, pour devenir président des États-Unis, il faut obtenir 270 de ces grands électeurs sur un total de 538. Ce nombre de grands électeurs est calculé par État en fonction de l'évolution démographique. Ainsi, le nombre actuellement attribué de grands électeurs de chaque État a été calculé sur la base du dernier grand recensement effectué aux USA, en 2010, et la répartition actuelle est la même que celle qui a été appliquée à l'élection de 2012 (Barack Obama réélu face à Mitt Romney). A noter que lors du dernier grand recensement, les États du Nord-Est ont perdu majoritairement des grands électeurs, au profit de ceux du grand Sud, ce qui aura son importance (j'y reviendrais).

Quand l'analyse des primaires démontre que Trump est le probable futur 45eme président des Etats-Unis.

Parlons maintenant des Swing States. Ce qu'il faut savoir, c'est que sur l'ensemble des élections présidentielles depuis 2000, un certain nombre d'états votent toujours pour le même parti. Ainsi, sur l'ensemble des 50 États constituant les États-Unis, et cela en 2000, 2004, 2008 et 2012, seulement 10 ont changé de couleur politique à au moins 1 reprise. Il s'agit des États du Nevada, Colorado, New Mexico, d'Iowa, de l'Indiana, Ohio, Floride, Virginie, Caroline du Nord, New Hampshire.

Quand l'analyse des primaires démontre que Trump est le probable futur 45eme président des Etats-Unis.

Ainsi, on peut prédire sans grand risque de se tromper que la prochaine élection se jouera toujours sur ces 10 seuls États, les 40 autres ayant une chance proche de zéro de changer de couleur. C'est important, car cela signifie que avant même le début de la campagne électorale, les démocrates partent à la présidentielle avec un potentiel de 242 grands électeurs déjà acquis, et avec seulement 28 de plus à conquérir sur ces fameux Swing States pour s'assurer de gagner la présidentielle. A coté, les républicains ne partent "que" avec un total de 180 grands électeurs déjà acquis, et donc un total de 90 supplémentaires à engranger pour gagner l'élection.

Quand l'analyse des primaires démontre que Trump est le probable futur 45eme président des Etats-Unis.

Sur le papier donc, l'élection se présente bien pour le candidat démocrate, probablement Madame Clinton.

Et pourtant, ce serait une grave erreur de croire que tout est gagné pour elle.

En effet, les Républicains ont clairement le vent en poupe. Ce qu'il faut voir, c'est que entre son élection de 2008 et 2012, le Président Obama a perdu 2 grands États, l'Indiana et la Caroline du Nord, soit un total de 26 grands électeurs (que je comptabilise aujourd'hui dans les Swing States, mais qui ont donc une forte probabilité de rester républicains). Également, il ne s'est imposé que de justesse en 2004 en Floride, Virginie et Ohio, également 3 États Swing States qui totalisent 60 grands électeurs, et qui penchent naturellement plutôt vers les républicains ! Pour résumer, sur le papier, un total de 86 grands électeurs semblent acquis au sein des Swing States pour devenir ou rester républicains ... et on se rapproche des 90 à atteindre. Mais ce n'est pas tout.

Maintenant, étudions les primaires républicaines et démocrates qui se jouent actuellement, et ont livré leurs résultats dans déjà 7 de ces 10 Swing States. Et qu'est-ce qu'on y observe ?

Quand l'analyse des primaires démontre que Trump est le probable futur 45eme président des Etats-Unis.

Dans ces 7 États, la somme des militants républicains qui se sont déplacés pour la primaire est systématiquement et toujours supérieure à celle des démocrates. On peut relativiser en considérant qu'un fan de Marco Rubio ne votera peut-être pas pour un Trump. Le fait est que la réciproque est tout aussi vraie, un fan de Sanders n'étant pas plus automatiquement additionnable à une Clinton.

Je ne prétends sincèrement pas que mon analyse est infaillible, et il est à souhaiter que des électeurs républicains ne se retrouveront pas dans le discours de Trump. Mais le fait est que Clinton est pour beaucoup de républicains autant un repoussoir qui pourrait les conduire à voter pour le candidat républicain, quel qu'il soit. Un peu comme en France nombre d'électeurs de droite ont voté pour Sarkozy en 2012 malgré le fait qu'ils aient été clairement déçu par son bilan, et un peu comme nombre d'électeurs "de gauche" votent et voteront finalement PS malgré leur haine (réelle) pour le gouvernement actuel.

Ainsi, et si on s'en tient à l'analyse du réservoir de voix démocrates / républicains, le constat est sans appel : les républicains ont le vent en poupe plus que les démocrates en Iowa, au New Hampshire, au Nevada, en Virginie, en Caroline du Nord, en Floride et en Ohio. Soit un total de grands électeurs de ... 91. Soit 1 de plus qu'il n'en faut pour que Trump ne devienne président des États-Unis.

Vous considérez qu'il ne s'agit après tout que de primaires, et que le nombre de votants aux primaires n'est pas représentatif du nombre de votants aux présidentielles ? Alors voici un tableau comparant pour ces 7 états le nombre de votants aux présidentielles de 2012, et le nombre de votants aux primaires de 2016 (cumul démocrates et républicains).

(les valeurs correspondent à des milliers)

(les valeurs correspondent à des milliers)

Comme vous pouvez le constater, en Virginie, Caroline du Nord, Floride et Ohio, plus de 46% du stock des électeurs qui ont voté à la présidentielle de 2012 et voteront à la présidentielle de 2016 (à quelques variations minimes près) ont voté aux primaires ! Mieux, 74% du stock des électeurs du New Hampshire a voté ! Autant dire que le résultat du vote du New Hampshire à la présidentielle de 2016 est déjà connu, et qu'il s'agit là encore d'un État basculant à l'heure actuelle dans l'escarcelle des républicains, donc de Trump.

N'écoutez donc plus les chroniqueurs qui vous parlent des élections aux USA sans avoir analysé l'ombre d'une donnée, et comprenez que ce qui ne semblait qu'un scénario catastrophe il y a encore 6 mois est plus qu'en passe de devenir la réalité.



Article initialement publié sur Linkedin :
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Publié dans PrimairesUSA2016

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